Quand tu l’auras perdue, ma fille…

Quand tu n’entendras plus la pluie comme une musique
Cogner sur ta fenêtre dans ton lit, bien cachée
Quand tu ne croiras plus aux baguettes magiques
Ou, au pied du sapin, mis tes petits souliers

Quand tu n’auras plus peur de tes volets qui claquent
Quand tu ne penseras plus à te faire un goûter
Quand tu ne sauteras plus en criant « à l’attaque ! »
Dès le petit matin sur mes gros oreillers

Quand ton argent de poche sortira de ta poche
Quand du regard des autres tu devras te méfier
Quand malgré toi parfois tu te sentiras moche
Parce qu’un rien finalement viendra te déranger

Quand angoisses et tourments te seront familiers
Quand tu réaliseras qu’on pleure plus qu’on ne rit
Quand tu ne courras plus que derrière les années
Ou que tu apprendras à tromper ton ennui

Quand non plus de ta bouche viendra la vérité
Quand de ta propre mère tu deviendras l’amie
Quand chacun de ces vers te sera coutumier
Quand je te les ferai lire sans doute un peu aussi

Quand tu l’auras perdue alors, naturellement
Comme on mue d’une peau ou qu’on perd patience
Oui, tu l’auras perdue, ma fille, assurément
Ta complice d’antan, ta défunte insouciance

Tu lanceras alors un avis de recherche
Candide, assurément, encore un peu sonnée
En défiant le Destin, tu lui tendras une perche
Et réaliseras qu’une page est tournée

Alors un jour, peut-être, au détour d’un chagrin
Tu chancèleras un peu, te sentiras fébrile
Ce jour-là n’hésite pas à me tendre la main
Car l’amour qui nous lie, lui, est indélébile

Je t’emmènerai alors là où j’aimais aller
Quand j’étais à ta place il y a quelques temps
Il y a quelques maux, il y a quelques plaies
Et je te raconterai le pourquoi du comment

Je t’emmènerai alors où il te faut aller
Comme moi à ta place il y a quelques tumultes
Sur ces chemins houleux, dans ces âpres tranchées
Et t’aiderai à passer de l’enfant à l’adulte

Cependant n’oublie pas, le long de ton parcours
N’oublie pas cependant, mon enfant, ma chérie
Garde bien ça en tête, de maintenant à toujours :
« Tu es de ton enfance comme tu es d’un pays »

Marc Dagher
(Dépôt SNAC décembre 2014)

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10 réponses à Quand tu l’auras perdue, ma fille…

  1. C dit :

    Des vérités tellement « dures » tant elles sont si vraies, mais surtout tellement d’amour pour l’accompagner et la guider!!! Je suis sure que cette « petite fille » sera toujours bien « protégée » et jamais seule dans son Apprentissage de la vie!!!

  2. fabrice dit :

    Tout simplement magnifique…

  3. Delphine dit :

    touchée en plein coeur!

  4. Lauriane dit :

    C’est très beau, vraiment…

  5. Frederique dit :

    touchant et sublime

  6. Dima dit :

    Magnifique!

  7. Fabienne dit :

    Quelle chance le don d écriture, oui l enfance est un pays où on aimerait souvent retourner. C est tellement ca. Retrouver l insouciance, le temps où tout est possible

  8. Lucile75 dit :

    Poignant, émouvant. Ce sublime poème vous étreint le cœur. Merci de dépeindre avec autant de délicatesse, le passage de l’enfance à la perte de l’ insouciance qui ne reviendra plus jamais, on le sait. On apprend à vivre sans, par la suite.

  9. Djiga dit :

    Sublime!

  10. de Broissia dit :

    <3

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