Le Crépuscule des dignes

Il avance, forcément, dans la tristesse celui qui ouvre les yeux
Celui qui voit, parce qu’il regarde mieux
Il avance, forcément, dans la tristesse celui qui est lucide
Celui qui voit combien tout devient insipide
Il avance, forcément, dans la tristesse celui qui doit se taire
Celui qui s’assagit pour dompter sa colère
Il avance, forcément, dans la tristesse celui qui a vécu
Celui qui se répète : « si vieillesse pouvait, si jeunesse avait su »

Il avance, fatalement, dans la tristesse celui qui aura lu bien plus qu’il n’aura vu
Celui qui Maupassant, qui Zola ou Hugo, qui Baudelaire, qui Gide ou Camus
Il avance, fatalement, dans la tristesse celui qui Mozart, qui Beethov ou Chopin
Celui qui Renoir, qui Monet ou Van Gogh, qui Michel-Ange, qui Claudel ou Rodin
Il avance, fatalement, dans la tristesse celui qui constate avec impuissance
Celui dont l’âme refuse la moindre décadence, la moindre déchéance
Il avance, fatalement, dans la tristesse celui qui, trop sensible ou sagace
Celui qui, patrimoine en détresse et planète en péril, se révolte ou s’agace

Il avance, petit à petit, oui, dans la tristesse, à mesure que bascule le temps
Que celui de l’après devient moins conséquent que celui de l’avant
Il avance, petit à petit, oui, dans la tristesse, à mesure que les gens
Qui le déçoivent augmentent , et vont impunément tout droit
Dans le mur de la Honte, aveuglés par les borgnes qui gouvernent en rois
Il avance, petit à petit, oui, dans l’agonie, celui ne sait plus, s’il avait jamais su
Comment diable avancer, autrement… et alors il se ment jusqu’à sa propre insu

Il avance, en silence, et parfois en souffrance, celui qui a compris
Qu’alors qu’il croit qu’il avance vers une mort vivante, il recule vers la vie

Marc Dagher

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